Débordé pour cause de vendanges je cèdes ma plume à Claude.

Merci Madame la Présidente, Merci. Si si…

En l’absence d’Olivier, qui n’est pas de la trempe de ceux qui vous lâchent la grappe en pleine vendange et qui donc, les pieds dans le jus de goutte, était excusé pour cette séance bien particulière, c’est à moi qu’a été confié l’insigne honneur de me fâcher avec tous les producteurs de vin du Toulois, puisque Madame la Présidente m’a demandé de compiler les observations du groupe de dégustation. Pour le coup, c’est assuré, ma carrière de futur député en sera largement obérée… Id est…

Mardi soir, ou bien était-ce mercredi, oui, plus probablement, les Passionnez se sont réunis dans la maison de la Polyculture de Lucey, à l’invitation de Bernard, président en ces lieux, en la présence de notre ami Michel Bouchot, dont ce fût la maison familiale, ainsi que du correspondant local de l’Est Républicain. En notre nom à tous, et nous étions nombreux, la Présidente ayant d’ailleurs accueilli de nouveaux nez et tout ce qu’il y a autour, je crois pouvoir remercier nos hôtes pour la qualité de l’accueil lucéien et Bernard tout particulièrement pour la visite guidée de la maison, passionnante, vivante, pédagogique, qu’il nous a offert. On ne s’ennuie pas à Lucey, qu’on se le dise!

Tout avertis de l’art de vivre paysan à Lucey, incollables sur la culture de la vigne, du chanvre ou du houblon, nous avons, comme il était prévu, dégusté, à l’aveugle, 6 gris de Toul 2011 de Lucey et de Bruley. Premiers fachés, donc, ceux qui n’étaient pas présents dans la sélection alors qu’ils y avaient toute leur place, pour des raisons pratiques uniquement, et à qui nous promettons de les intégrer dans notre prochain comparatif, avec d’autres producteurs d’autres communes. Nos plus plates excuses.

Seront fâchés ensuite ceux qui ne se retrouveront pas dans le classement rendu par le club, qui ne veut surtout pas être considéré comme un jury. Ce classement est celui d’un instant, d’une émotion, la chance et le hasard y ont toute leur place, et l’approximation aussi. Je vous le livre, ceux qui veulent s’ y arrêter s’en satisferont, je vous invite pour ma part à poursuivre la lecture au-delà pour mieux vous faire «palper le gris»…

Rrrapapapla, Rrrrapapapla… (roulement de tambours)…

6 Michel Goujeot
5 Alain Migot
4 Marc Laroppe
3 Maison Laroppe
2 Maison Lelièvre
1 Jean-Michel Mangeot

A ce niveau, il convient de préciser que chacun des vins goûtés est honnête et a trouvé son aficionado dans le groupe, preuve que la production touloise actuelle est dans le vrai et rencontre son public.

Le vin de Michel Goujeot, production bio, a d’abord déstabilisé pas sa couleur, jaune pâle, à la manière d’un auxerrois, et qui serait, probablement, le fait d’une presse plus artisanale. gouté en deuxième position, il semble timide et peine à exprimer les arômes de fruits auxquels on s’attend. Le nez s’ouvre sur des arômes de miel et de pêche qui peinent à s’affirmer dans la bouche.

Le vin d’Alain Migot, goûté en 4ème, est d’une robe pâle. Il paraît être celui qui, dans nos esprits néophytes, correspond le mieux à la représentation que l’on a du Gris. Un nez de «gamay», (fraise, fraise des bois), pénalisé en bouche par une attaque un peu «chaude» qu’on a qualifiée d’alcooleuse. Parmi nous, certain l’ont pourtant ressentie comme de l’onctuosité, comme quoi les goûts et les couleurs…

Le vin de Marc Laroppe a été gouté en premier et nous avons reconnu que cela a pénalisé sa notation. Nous étions nombreux à vouloir le réévaluer par la suite. Sa couleur est saumon pâle, son nez tout en finesse. On y trouve des notes légères de fraises des bois rafraîchies par des arômes d’agrumes, pamplemousse. On sent d’emblée le travail soigné et la maîtrise du produit. En bouche, c’est un vin calme, qui demande du temps pour s’exprimer. C’est probablement cette particularité qui a joué en sa défaveur mais c’est aussi ce qui le rend plaisant et qui donne envie de se resservir. Il est subtilement équilibré. sa bouche est sincère, étale et jamais violente. Un vin… bien élevé… (médaille d’or Paris 2012)

La Maison Laroppe, 3ème dégusté, beaucoup l’on reconnue! Sa constance d’année en année est l’apanage des grandes maisons et des produits bien finis. Sa couleur est franchement saumonnée. Son nez est bien typé fraise des bois, fraise, fruits rouges, taquinée par des nuances mandarines… que l’on retrouvent en bouche, de bonne longueur. C’est Le Gris de Toul facile, classique, typique. (médaille d’or Paris 2012)

5ème gouté, le produit de la maison Lelièvre exulte! Chaud-Lapin, c’est le préféré de la gente féminine! le parti a été pris d’aller dans l’extrême, que ce soit dans la couleur, rose soutenue, dans le nez, puissant relevé par un trait très végétal, d’abord noté d’agrumes et de pêche avant de révéler la groseille et la fraise, comme en bouche qu’il emplit sans choquer à force d’arômes sucrés de cassis ou de fraise tagada. Ce vin est ludique, plaisant, probablement moins facile à mettre en harmonie avec un plat.

And the Winner is… Mister Mangeot (domaine de Régina)!!! Dernier dégusté. De couleur saumon tirant sur l’orange, mais restant plus classique que le « rose Lelièvre », le pari a pourtant été de produire un produit atypique. Pari gagnant donc, car il n’a pas déstabilisé les amateurs… N’y cherchez pas la fraise, le nez est marqué d’arômes d’agrumes douces, oranges, voire oranges confites, quelques notes torréfiées, de cacao, un vin qu’on respire longuement. En bouche, on retrouve ces éléments doux et subtils, de la mandarine, tout en longueur et en douceur. Une première place méritée pour un vin riche qui en raconte à tous.

Incontestablement, nos oenologues maîtrisent leur sujet. Le Gris de Toul doit revendiquer sa place de chouchou des Lorrains et gagne à être partagé sur d’autres tables. Deux tendances s’expriment, preuve qu’il y a de la place pour tout le monde, celle d’un parti-pris du Gamay, avec des notes sucrées et typiques de fraise et de fruits rouges, interprété dans toute la chaleur et la couleur de la tradition , un peu comme savent le faire les Alsaciens, vous aurez reconnu les Maisons Laroppe et Lelièvre et une autre voie, celle d’autres arômes, plus agrumées, plus douces plus subtiles plus mystérieuses, à la manière de Marc Laroppe et de Jean-Michel Mangeot.

A chacun de choisir…

//

Publicités