Bon !! On ne pourra pas dire que je n’ai pas essayé !!! Après le fiasco du blanc de noir de la dernière fois, j’ai voulu une dégustation objective des vins autoproclamé « naturels ». En effet j’étais convaincu que certains de ces vins devaient être délicieux.  J’ai donc demandé à Vincent Mareschal, un passionné de vin pseudo « vivants », de nous organiser une dégustation pour deux raisons : le plaisir de sa compagnie et pour être sur d’avoir l’élite des traines patins du monde viticole.

Alors pour commencer, commençons par dépoussiérer mon bon vieux dictionnaire, « le dictionnaire de  notre temps 1990, Hachette » Ben quoi ? Ok, notre temps d’il y a 20 ans si vous voulez, vous changez de dico chaque année vous ? Confrontons le vocabulaire poétique de nos vignerons atypique et regardons si on vin peut être « naturel, vivant ou libre »!

  • Naturel :              qui est tel qu’il existe dans la nature, qui n’a pas été modifié, altéré ou falsifié, produit alimentaire naturel.

Bon, ben c’en ai pas… à part le raisin lui-même il n’existe pas de vin « naturel », rappelons que le devenir naturel du jour de raisin c’est le vinaigre, voire le solvant de vernis a ongle.

  • Vivant :                qui est en vie. Nous v’la bien avancer, allons directement à Vie.
  • Vie :                      phénomène caractérisant l’état dynamique ou latent d’unités complexes auto-organisées et homéostatiques de la matière (organismes vivants), possédant une capacité de duplication et d’évolution.

Point de vie sans reproduction ! J’ai bien essayé de mettre deux bouteilles avec un cd de  Billy Joel, j’en ai pas retrouvé trois…

  • Libre :                   qui n’est pas prisonnier ou captif

Je sais pas comment vous considérez la bouteille, mais ça ressemble plutôt a une prison… Pour etre objectif, on peut appliqué le qualificatif aux vignerons, mais pas aux vins…

Voila pour la partie sémantique : on est clairement dans l’abus de langage. Maintenant ce qui nous intéresse c’est surtout la dégustation. Cette philosophie du vin apporte-elle quelques chose ? Je partais avec un priori, je le confesse… un a priori positif. Lire les commentaires sur ces vins, souvent assez bien écrit, m’a donné soif de ces bouteilles sensées apporter une dimension supérieure, une vibration ou je ne sais quoi.

Feuille d’or, Philippe Delesvaux Anjou blanc 2008 chenin Biodynamie, pas d’enzymage, pas de levurage filtration tangentielle. 13€

La couleur est or soutenue évoquant une oxydation prématurée. Au nez on retrouve la pomme verte, qui confirme l’oxydation, la noisette et surtout un coté solvant inadmissible. On est assez nettement sur l’acétate d’éthyle, le solvant du vernis a ongle. Il doit y avoir du flottement dans les dégustations d’agrément pour laisser passer une atrocité pareil…

La bouche est intéressante, il y a un parti pris de faire un vin sec avec une grande acidité, cela lui donne un coté mordant mais une certaine longueur et un coté salin assez sympa. Toutefois ça sens toujours le dissolvant a ongle et même si ça ne gène pas Vincent, c’est clairement rédhibitoire. Un ensemble pas forcement désagréable tout de même.

Pechigo Sylvain Saux, du coté de Limoux Mauzac Chardonay Chenin 11€

Le vin est plus que trouble, je peux comprendre un parti pris de non filtration, mais la les dépôts sont très grossiers. Aromatiquement, on oscille entre la pomme, la poire et le viandox, un coté viandé et fécal. Bref cela manque cruellement de netteté. Encore une pointe d’acétate d’éthyle, mais moins marquée. Il reste beaucoup de sucres résiduels, le vin est plat, pâteux. Bref ni fait ni à faire…

« Ça s’est bon !! » Gamay de Touraine 2011 Laurent Lebled 8€

Déjà le nom… Le marketing par la méthode Coué, chez moi ça plutôt l’effet inverse… T’es bien mignon mon Lolo, laisse nous déguster, on te dira après si c’est bon …

Le vin est grenat et trouble, on s’habitue… Selon nos usage, je relaie les commentaires de tous. Déjà, nous avons deux bouteilles très différentes, à mon sens, c’est inacceptable. Sinon le nez n’a aucune netteté nous avons relevé des arômes levuriens, voire fécaux, réduits,  de framboise et cassis (un peu…), de pisse d’âne (nous avons un veto agricole), de placard des 70’s et de venaison. Le perlant en bouche renforce l’acidité, les tanins sont très marqués et c’est court. La seconde bouteille ? c’est pire. Même notre expert rejette ce vin qui évoque plus un vestiaire de rugby que le fruit de la treille… Alors ? Ca c’est bon ?? non… pas vraiment…

Cuvée des lurons, Raphael Champier, dans le Beaujolais 8€

La couleur est jolie. Le nez est sur le fruit rouge, le cassis, malheureusement avec un coté terreux bien présent. Le gamay ne devait pas être bien mure, ca reste acide et végétal. Toutefois je ne vois rien qui pouvait empécher son classement en AOC, franchement on a vu pire… La ou le bas blesse c’est qu’il reste des sucres résiduels rendant le vin particulièrement indigeste, lourd. Bon… On a déjà vu pire…

L’anglore 2010, du coté de Lirac 14.50€

Tres joli robe rouge intense. On retrouve une jolie épice de mourvèdre, un bon fruit gourmand et des notes torréfiées de café et de cacao. La bouche me séduit par sa concentration et son excellente digestibilité. C’est très bien, on n’est pas au niveau du Corne loup de l’année dernière (même région même prix) mais c’est un tres bon vin.

Au bilan, tout le monde s’est plaint d’un rapport qualité/prix minable. Il faut prendre en compte la taille de ces exploitations pour modérer les prix. Nous fumes très déçus, moi le premier. Nous avons oscillé entre inacceptable et le »‘bon mais pas meilleur », avec de régulières incursions dans le désagréable. Alors pourquoi vinifier sans interventions ? La qualité ? Difficile a argumenter, dans le meilleur des cas on n’est pas meilleur… Vincent n’avait pas forcément des opinions différentes de la mienne ( a part sur l’Anglore, je l’ai trouvé très bon, il ne s’en toujours pas remis je crois…). Le concept d’un vin antique ? Pourquoi pas, c’est un parti pris. Toutefois, la viticulture a évolué et il y a pas mal de différences avec les vins du début du XXeme siècle. Le concept du « tout naturel » ? Pourquoi pas encore une fois, mais si je brevète le rouge Darou puis je vendre mes œuvres au prix de celles de Klein ? Le concept n’est intéressant que pour le premier qui le fait. Pour la santé ? Rien n’est prouvé, a titre d’exemple, l’acétate d’éthyle et le round up on une DL50 équivalente (5620 contre 5400 mg/kg de rat). Sauf que la limite de détection au nez du vernis a ongle est 1000 fois supérieur aux taux de résidu du round up dans un vin. La diversité ? Si on veut, mais tout les défauts relevés ce soir auraient plutôt tendance à masquer l’effet terroir qu’a le révéler. Si tout les vins sont uniformisés par des arômes de réduction, d’oxydation, de sueur de poney, de vernis a ongle… j’en passe et des plus loufoques… je ne vois pas l’intérêt. On peut donc s’interroger sur cette mode ? Pourquoi tant de gens sont prêt à investir des prix conséquents dans des vins à défauts ? Pour le coup je n’ai pas de réponses, je vous écoute. Mais ne venez pas me dire que c’est meilleur.

DaaAAAHHHuuuut !!